Dernière mise à jour le 22 juillet 2016 par Dr Cécile Loï

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  Pour la 4e année consécutive, la revue Prescrire spécialiste en traitements et stratégies de soins, publie un bilan des médicaments à écarter. Cette analyse, portant sur des médicaments analysés durant six ans, de 2010 à 2015, a recensé 74 médicaments dont la balance bénéfices-risques est défavorable : autrement dit, ces médicaments sont plus dangereux qu’utiles.

  La revue Prescrire apporte donc une analyse attentive des effets indésirables de ces médicaments. Les effets indésirables sont souvent moins étudiés que l’efficacité. Au moment de l’autorisation de mise sur le marché d’un médicament, beaucoup d’incertitudes peuvent persister : certains effets indésirables rares mais graves ne sont pas repérés lors des essais, et le sont parfois seulement après plusieurs années d’utilisation par un grand nombre de patients. Ces médicaments à écarter peuvent être des médicaments actifs, mais qui compte tenu de la situation clinique exposent à des risques disproportionnés par rapport aux bénéfices qu’ils apportent. Parmi ces médicaments dangereux nous pouvons en citer quelques-uns:

Maladies cardiovasculaires : Le bézafibrate (Befizal°), le ciprofibrate (Lipanor° ou autre) et le fénofibrate (Lipanthyl° ou autre) sont des hypocholestérolémiants sans efficacité préventive cardiovasculaire au-delà d’un effet placebo, et exposent à de nombreux effets indésirables, notamment cutanés, hématologiques et rénaux.

Antidouleur: L’analyse des effets indésirables cardiovasculaires des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) a conduit à constater que le diclofénac (Voltarène° ou autre) expose à plus d’effets indésirables cardiovasculaires (infarctus du myocarde, insuffisances cardiaques…) que d’autres AINS, tels que l’ibuprofène (Brufen° ou autre) ou le naproxène (Apranax° ou autre) à la dose maximale de 1 200mg par jour, sans avantage d’efficacité. Le paracétamol est l’antalgique de premier choix : il est efficace dans les douleurs modérées et présente peu de danger quand sa posologie est maîtrisée. Il peut ainsi être prescrit pour traiter l’arthrose. En effet, les médicaments autorisés dans le traitement de fond de l’arthrose sont à écarter, car ils n’ont pas d’efficacité démontrée au-delà de l’effet placebo, mais des effets indésirables notables. La glucosamine (Voltaflex° ou autre) par exemple expose à des réactions allergiques (angioedèmes, néphropathies interstitielles aiguës) et à des hépatites.

Ostéoporose : Plusieurs médicaments autorisés dans l’ostéoporose sont à écarter car leur efficacité est au mieux modeste. Le dénosumab (Prolia°) par exemple a une efficacité très modeste en prévention des fractures et expose à des douleurs dorsales et musculosquelettiques et à des infections graves. Dans cette situation, quand les moyens non médicamenteux et l’apport de calcium et de vitamine D sont jugés d’efficacité insuffisante, l’acide alendronique (Fosamax° ou autre), voire le raloxifène (Evista° ou autre) en alternative, ont une meilleure balance bénéfices-risques.

Gastro-entérologie : La dompéridone (Motilium° ou autre) et le dropéridol (Droleptan°), des neuroleptiques (antipsychotiques), exposent à des troubles du rythme cardiaque et des morts subites, disproportionnés par rapport aux symptômes traités et à leur faible efficacité sur les nausées et vomissements ; et, pour la dompéridone, sur les reflux gastro-œsophagiens. Dans les reflux gastro-œsophagiens, d’autres médicaments ont une balance bénéfices-risques beaucoup plus favorable, tels les antiacides ou l’oméprazole (Mopral° ou autre).

Il n’y a donc pas de raison valable que ces médicaments plus dangereux qu’utiles restent sur le marché, selon la revue Prescrire.

Source: La Revue Prescrire Bilan Février 2016/Tome 36 N° 388, pages 138 à 146.
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