Dernière mise à jour le 1 septembre 2016 par Dr Cécile Loï

Interview du Dr Christophe Moinard


 

Le Dr Christophe Moinard, Maître de conférences en nutrition à la faculté des sciences pharmaceutiques et biologiques de l’université Paris Descartes, nous explique ses travaux de recherche.

Quelles sont les grandes modifications physiologiques corporelles liées à l’âge ?

Dr Christophe Moinard : Chaque personne a un vieillissement qui lui est propre, mais avec une composante commune irréversible : la perte de la masse musculaire qui s’installe progressivement. En effet, entre 30 et 75 ans, on perd la moitié de sa masse musculaire, induisant une importante diminution de la force musculaire; or personne ne prend vraiment conscience avant 75 ou 80 ans; de ce fait, le phénomène est largement sous-estimé. Pourtant, dès l’âge de 50-60 ans, on commence à ressentir cette perte, elle a un retentissement fonctionnel; on a un peu moins de force dans les bras, dans les jambes; effectuer les gestes de la vie courante va sembler plus fatigant… Le tissu musculaire est peu à peu remplacé par de la masse grasse.

Quel terme scientifique s’attache à ce phénomène de fonte musculaire ?

Dr C.M. : Cette fonte musculaire liée à l’âge, lorsqu’elle est extrême, se nomme la sarcopénie (ou dystrophie musculaire liée à l’âge). Elle se traduit par une perte de masse, de force, mais aussi de qualité musculaires, qui conduit selon son intensité à une fragilité, une fatigabilité pouvant aller des troubles de la marche et une altération des fonctions vitales. Des conséquences qui altèrent la qualité de vie. La perte d’autonomie ainsi engendrée est aussi un facteur de risque de dénutrition. La sarcopénie touche à ce jour 25 % des personnes de moins de 70 ans et plus de 30 % des personnes de plus de 80 ans.

Quelles sont les causes du déclin musculaire lié à l’âge ?

Dr C.M. : C’est un phénomène qui est multifactoriel. On peut citer des modifications du métabolisme musculaire, des modifications hormonales, modifications des habitudes alimentaires, réduction de l’innervation musculaire. Cependant, sur le plan nutritionnel, on peut retenir des modifications du métabolisme des protéines ce qui explique que les recommandations nutritionnelles en protéines sont augmentées de 25 % chez les personnes âgées.

Une bonne hygiène de vie n’est-elle pas suffisante pour préserver son capital santé ? Est-il souhaitable d’y joindre une complémentation nutritionnelle spécifique ?

Dr C.M. : Clairement l’activité physique est un élément essentiel pour ralentir le déclin des performances musculaires. Cependant, même si l’exercice est fondamental pour préserver son capital musculaire, il ne permet pas de stopper la lente érosion de notre capital musculaire au cours du vieillissement. Une alimentation saine avec un apport protéique satisfaisant est donc aussi nécessaire. Mais, malgré une bonne hygiène de vie, qui minimisera certes la perte musculaire, cette dernière ne s’arrêtera pas. A mon avis, il serait souhaitable d’apporter une complémentation nutritionnelle dès la cinquantaine afin de préserver son capital musculaire.

Pourquoi le Laboratoire de Biologie de la Nutrition de l’université Paris Descartes s’est intéressé à la citrulline ?

Dr C.M. : Depuis plusieurs années, le Laboratoire travaille à développer des stratégies nutritionnelles visant à préserver le capital musculaire des personnes âgées. Voici une dizaine d’années, nous avons commencé à nous intéresser à la citrulline et nous avons obtenu des données assez spectaculaires. Par la suite nous avons pu confirmer chez l’Homme qu’effectivement la citrulline est un stimulant de la synthèse des protéines musculaires.

Y a-t-il des contre-indications à la prise de Citrulline ?

Dr C.M. : Chez le sujet sain, il n’existe, actuellement, aucune contre-indication à la prise de L-Citrulline.